Le printemps des lecteurs

Notre ami Jean-Claude Corger nous a quitté en 2011. Grand lecteur de notre jury, il avait écrit un texte plein de saveur sur la longue phase actuelle de lecture des manuscrits reçus. Je ne résiste pas au plaisir de vous le faire découvrir…

A l’approche du printemps s’ouvre la campagne de pêche : la pêche au manuscrit.
Le poisson, qui a pointé le nez au cours de l’hiver, se met à frétiller et bientôt le chalut déversera sur le pont quatre ou cinq cents textes, parfois plus, en quête de reconnaissance. Des textes de toutes sortes : tous les calibres, toutes les provenances. La production hexagonale domine, bien sûr, mais les autres pays francophones, d’Afrique, d’Amérique…, sont bien représentés. De grosses machines, consciencieuses, à la mise en plis impeccable, académiquement parfaites, voisinent avec des pages échevelées, brouillonnées, déjantées, où percent parfois le talent, voire le génie. On rencontre aussi bien l’essai maladroit et balbutiant que le produit plus malin, le nième avatar d’un scénario téléfilmique où l’on sent, à toutes les pages, passer l’air du temps et pointer les thèmes à la mode. Parfois un vaudeville à l’ancienne vient rafraîchir de sa candide innocence le lecteur blasé qui n’en croit pas ses yeux –« ça existe donc encore ? »- mais pourquoi pas ? Le théâtre de boulevard et ses vieilles ficelles, ça ne se démode jamais tout à fait ; et le confort de lecture est pour une fois garanti. Question confort, on n’en dira pas autant du théâtre militant, des sujets issus de la plus brûlante actualité, qui offrent au jury des perspectives moins tranquilles et des occasions de s’enflammer, ou même d’en découdre. Ces occasions, ce ne sont pas les drames venus du fond de l’Antiquité qui peuvent les offrir. Car il y a toujours des amateurs, en prose ou en vers, pour les Médée, les Electre, les Hélène… Mais la charge de cruauté qu’elles détiennent, les drames qui les ensanglantent ne nous parviennent plus que patinés par le temps, à travers la distance que leur confèrent des siècles d’usage. Parfois, pourtant, le mythe voit son potentiel volcanique se réveiller, au contact, par exemple, de notre actualité, ou grâce à une écriture particulièrement inventive…
Mais la récompense du vaillant lecteur, c’est le texte qui déjoue toutes les attentes, qui s’impose par surprise et vous comble : acuité de ses trouvailles, échos que sa fraîcheur éveille en vous comme une aube à la Rimbaud, complicité et adhésion immédiates qu’il provoque : bonheur d’écriture, bonheur de lecture.
Encore faut-il que le bonheur de lecture soit d’ordre « théâtral », capable d’accéder à cette valeur fugace mais essentielle qu’est la « théâtralité », difficile à définir car il n’y a pas d’échelle de Richter pour la mesurer. Un simple monologue peut y atteindre pleinement alors qu’un dialogue apparemment bien fait peut en être totalement dépourvu : l’encéphalogramme reste désespérément plat. Le théâtral, c’est quelque chose comme de l’écrit capable de créer de l’image, de se prolonger ou de se multiplier dans le mouvement des corps, de susciter une incarnation, de fabriquer son propre espace en trois dimensions, en un mot de se mettre en scène ; et c’est sûrement encore beaucoup d’autres choses : la question est à poser aux spécialistes.
Quant à ces lecteurs, qui sont-ils ? Quinze ou vingt bénévoles, groupe composite qui rassemble des journalistes, des enseignants, des praticiens du théâtre, comédiens et/ou metteurs en scène. Comme tout groupe humain il est traversé par des forces diverses, parfois contraires, par des inclinations ou des passions variées. Il faut aussi compter avec les tempéraments, les expériences, les habitudes de chacun. Toute une typologie s’esquisse : il y a par exemple les indulgents qui absolvent et remettent facilement les péchés, mais il y a aussi de redoutables Fouquier-Tinville prompts à trancher et à tailler dans le vif. Les minutieux prennent leur temps, les scrupuleux pèsent leur verdict au microgramme près, tandis que les intuitifs fonctionnent au coup de cœur et balancent sans hésiter des notes extrêmes. Les âmes sensibles recherchent et parfois rencontrent l’émotion, alors que d’autres, plus cérébraux, s’attachent aux questions de formes ou aux perspectives idéologiques des textes.
Le jury s’est donc mis au travail. Il lit. Printemps laborieux. Des réunions régulières donnent à ces lectures singulières l’occasion de se confronter, et de s’affronter, cela fermente, bouillonne comme une cuve beaujolaise en temps de vendanges – On débat âprement, on aiguise les argumentaires, on tire les couteaux s’il le faut (en toute courtoisie, cela va sans dire) – A force de travailler ensemble, le groupe connaît le groupe, chacun pressent plus ou moins les réactions des autres – Mais pas toujours, heureusement : il arrive que le prévisible soit déjoué par l’imprévisible, que le déterminisme laisse passer le souffle de la liberté, pour le plus grand bonheur du débat.
Si l’affrontement est essentiel, l’unanimité existe aussi – Par exemple lorsqu’une production particulièrement pauvre, ou inepte, ou ridicule entraîne une réaction communicative de dérision, ponctuée de rires sonores – Jubilation peut-être un peu facile, par laquelle le groupe se rassure à bon compte, un peu comme des enfants qui rient après avoir eu peur –
Mais il est une autre manifestation d’unanimité, plus noble, plus rare aussi, lorsque le jury, dans un moment de grâce œcuménique, se lève tout entier, non pas exactement pour une standing ovation, mais pour célébrer, et même concélébrer, à l’unisson, les mérites et les beautés d’un texte. Enfin un texte incontestable ! Embrassons-nous !
Cependant le travail de sélection va son train, s’organise. Au début, des coupes sombres ont été pratiquées dans la forêt de textes, non sans inquiétude parfois : comment être absolument sûr de ne pas rater le chef-d’œuvre du siècle, de ne pas être Gide passant à côté de Proust ? L’histoire de l’édition fourmille de mécomptes semblables – C’est pourquoi le regard de l’autre, des autres, est indispensable.
A mesure que la pyramide initiale s’amenuise, les textes qui restent en course sont lus par un nombre croissant de lecteurs. Les productions qui émergent prennent un relief de plus en plus accusé et suscitent des réactions de plus en plus vives. Les aficionados s’enflamment, les récalcitrants dégainent, les grognons grommellent, les sceptiques font la moue, les effarouché(e)s lèvent les yeux au ciel. On règle parfois de vieux comptes, plus ou moins consciemment, jusqu’au jour où enfin, à force de plaidoyers pathétiques, de réquisitoires vengeurs, de tirades passionnées, de froissements d’amour-propre, avec des surprises de dernière heure, comme la remontée fulgurante et inattendue d’un outsider, dont le corollaire est, bien sûr, la descente nom moins brutale d’un ci-devant favori – jusqu’au jour béni, donc, où, après tant de laborieuses négociations, la fameuse liste des six noms sort enfin du chapeau, prête à l’emploi, c’est-à-dire à la mise en espace.
Vendanges sont faites, le cru de l’année vous attend. A la bonne vôtre, chers spectateurs.

Jean-Claude Corger

Concours 2013… patience !

La date limite du 28 février approchant, nous recevons actuellement plusieurs dizaines de manuscrits par jour. L’enregistrement est assez long (Enregistrement dans notre fichier, ouverture du fichier pour vérifier la lisibilité, transformation au format liseuse : ePub…). C’est à l’issue de ces différentes étapes que nous vous envoyons un message confirmant votre inscription.

Nous recevons vos messages sur deux serveurs différents, ce qui à priori devrait nous mettre à l’abri d’un oubli.
Inutile donc de nous relancer… N’oubliez pas que nous recevons 600 manuscrits, dont près de la moitié la dernière semaine.

Aniela, notre secrétaire vous remercie par avance !

Vos manuscrits sur une liseuse

Depuis l’an dernier, nous avons remplacé la lecture papier par des liseuses électroniques et l’utilisation d’un stockage de type « Cloud ».
Pourquoi ? Le calcul est assez simple : 600 manuscrits en deux exemplaires minimum, 50 pages en moyenne… L’économie est de 60 000 pages, sans oublier les cartouches d’encre (chères !), les enveloppes krafts qui circulaient d’un lecteur à l’autre.

LiseusesSi vous possédez une liseuse acceptant le format normalisé ePub (attention aux formats propriétaires !), vous avez peut-être envie de découvrir l’aspect de vos manuscrits sous cette forme.

En quelques mots, voici comment nous précédons :
Les documents de type Word, OpenOffice, LibreOffice sont ouverts et ré-enregistrés sous un type de fichier « Page web filtrée (*.htm; *.html) » pour Word ou « Document HTML (OpenOffice.org Writer) (.html) (*.html) » pour OpenOffice et LibreOffice. Ignorez les messages d’erreur qui s’affichent.

Nous utilisons ensuite le remarquable logiciel libre « Calibre » http://calibre-ebook.com/calibre
Les fichiers transformés en *.html sont transférés vers ce logiciel.
Le bouton « Convertir les livres » va nous permettre de renseigner le titre, le ou les auteurs et de lancer la conversion.
Après quelques instants de traitement, nous pourrons « visualiser » le résultat, puis transférer vers une liseuse quand elle sera connectée…

N’hésitez pas à essayer !
Ce qui ne marche pas très bien :
- les fichiers PDF, car les « hauts et bas de pages » vont se retrouver au milieu des pages de la liseuse.
- les mises en page inhabituelles (des marges trop grandes, une présentation graphique, des colonages parallèles trop nombreux…)
- certaines images…
Dans ces différents cas, il nous faut adapter pour rendre la lecture acceptable…

Dans les cas désespérés (rares !), lecture sur ordinateur au format original sur le « Cloud » ou… impression papier.

Davide Carnevalli

carnevaliA l’occasion de la parution de « Variations sur le modèle de Kraepelin » aux éditions Actes Sud Papiers, signature-rencontre avec l’auteur à la librairie Bal des Ardents le Jeudi 21 février 2013 à 18h30 – 17 rue Neuve, 69001 à Lyon.

Davide Carnevalli est lauréat des Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre 2012.

La mémoire n’est pas fiable, les réminiscences sont des interprétations, mais valent-elles moins que la réalité ? Sommes-nous la somme de nos actes ou de nos souvenirs, dans la vie comme face à la mort ? Notre existence est-elle une suite de faits ou bien celle qu’on décide de voir et de raconter ?

Trois hommes. Un père, son fils, et un médecin. Le père, atteint d’une maladie dégénérative de la mémoire, est pris en charge par son fils. Le médecin, homonyme du célèbre psychiatre allemand Emil Kraepelin, prodigue au fils des pratiques thérapeutiques pour aider son père à renouer avec ses souvenirs. La petite histoire personnelle ouvre ici une fenêtre sur la grande Histoire, questionnant l’identité de notre Europe.

« Je ne me souviens de rien, mais si tu veux je peux te raconter une chose que j’ai oubliée ».

Edition 2013 du concours

Le concours 2013 est ouvert.
Les manuscrits seront reçus jusqu’au 28 février 2013.
Le règlement est disponible ici

Photos de l’édition 2012

Retrouvez les photos de l’édition 2012 des Journées de Lyon sur le site mascarille. com d’Emile Zeizig.

Accès direct par ce lien.

 Deux miniatures (pile et face) - Jean-Yves Picq

Deux miniatures (pile et face) – Jean-Yves Picq

Journées de Lyon 2012

JLAT Logo

Les Journées de Lyon des Auteurs de Théâtre se sont déroulées du 17 au 24 novembre 2012.

Le programme détaillé est téléchargeable ici

Nouveau site

Nous avons mis en place ce nouveau site le 27 janvier 2013.
Nous l’avons voulu sobre, clair… efficace.
Il est possible cependant qu’il reste quelques erreurs !